dimanche 26 juillet 2015

Eau rage ! Ô désespoir !



dans le bois, les euphorbes et épimedium pourtant si résistants
ont complètement grillés
Depuis mi-mai la sécheresse s’est installée au Jardin des Mille temps et depuis juin, la canicule l’accompagne. 

Ce sont là deux compères dont je me serais bien passée… Mais impolies, elles s’attardent, peu pressées de repartir vers le sud ; là où elles ont habituellement leurs quartiers.

dans la cour le contraste est saisissant entre la pelouse
poussant sur du remblai et le massif de rosiers
plantés dans de la bonne terre et avec un important paillis 
Le phénomène est exceptionnel, je suis allée relever sur un site de météo les moyennes des mois de juin et juillet 2015 pour la région d’Orléans. Pour juillet nous sommes actuellement à une moyenne de température maximum de 29,9°. En juin, les températures maxi étaient déjà supérieures de presque 3° à  celles relevées habituellement. Ajouté à cela un déficit en eau ; il n’a pas plu : 6 mm en 2 mois alors qu’habituellement il tombe en moyenne plus de 100 mm sur cette période.

Si je vous donne ces chiffres c’est simplement pour planter le décor.


Que faire face à tout cela ? 

les dégâts des températures excessives : les feuilles des jeunes
plantations ont grillé malgré nos arrosages
Dans les grands principes posés pour notre jardin : pas de désherbant chimique, pas de pesticides, il y a également : pas d’arrosage… ou plutôt peu d’arrosage. Je paille mes massifs, je récupère l’eau dans des cuves, tout cela fonctionne bien en temps normal…

Mais pouvons-nous encore parler comme ça ?

Cette épreuve, n’est sans doute pas la dernière. Il y a eu en 1976 la sécheresse, puis 27 ans après la canicule et aujourd’hui les deux combinées après seulement 12 années passées.

une crevasse d'un mètre soixante environ
est apparue dans un massif

Le dérèglement climatique alterne les épisodes violents et chaotiques. L’année dernière nous avions eu un été pluvieux et froid.

Comment s’adapter ?

Il y a le plus souvent deux manières de penser : se battre contre la nature, refuser qu’elle impose sa loi ou la laisser faire et risquer de tout perdre.
Entre ces deux voies opposées, nous avons choisi une solution médiane.

Tout d’abord à court terme nous avons fait des choix et sacrifié des plantes :


sous les bouleaux plus d'herbe...
En premier lieu, la pelouse, qui n’en est pas une ; c’est de l’herbe. On ne l’a jamais arrosée et ça repoussera. C’est très laid une surface grise et desséchée au point que l’on voie maintenant la terre, mais on supporte.

Sacrifié également depuis le début, le massif le long du mur coté route, j’avais choisi des plantes solides et sobres : phlomis, nepeta, fausses valérianes et roses trémières principalement. C’est un peu difficile pour elles en ce moment.

Ensuite ce fut le tour du potager car trop gourmand en eau. Malgré mes arrosages, les semis n’ont pas germé car il faisait trop chaud. J’ai donc tout arrêté. J’arrose encore les rangs de carottes qui restent et les 3 pieds de courgettes. Par contre, les deux lasagnes tiennent bon, les tomates affichent une bonne mine et les choux également. Je les arrose une fois par semaine maximum en période de très grande chaleur.

une partie de la haie plantée cet hiver
Pas d’arrosage pour les plantations bien installées, les arbres de la haie plantés depuis bientôt 6 ans n’ont pas reçu une goutte.

Et si ça continue je sacrifierai les hydrangeas macrophylla  et les hydrangeas serrata car trop inadaptés. Voilà quatre années que je m’obstine à en vouloir chez moi, car j’aime les hortensias opulents et généreux comme il y avait chez ma grand-mère ... en Vendée… Mais ici ils sont chétifs et je dois les arroser tous les deux jours.

De toute manière lorsque les températures frôlent les 50° au soleil, tout grille, arrosage forcené ou pas.  Et puisque nos cuves de récupération d’eau sont vides depuis bien longtemps, nous devons arroser avec l’eau du service d’eau, nous le faisons donc au compte-goutte.

Alors ça ressemble plus à du sauvetage qu’à du jardinage. C’est uniquement lorsque les plantes montrent des signes de fatigue que nous les arrosons. Nous avions planté plus de 200 arbres ou arbustes cet hiver qu’il a bien fallu aider à ne pas griller car ceux-ci n’ont pas, contrairement aux autres, eu le temps de développer leur système racinaire… Nous les arrosons à l’arrosoir pour bien quantifier la quantité d’eau que nous leur donnons et ça nous prend un temps infini. Toutes nos soirées y passent….

Je ne sais pas combien de temps durera cette situation, mais ma vision du jardin à long terme va être profondément modifiée : ça s’adapte ou ça crève, pas d’acharnement. Je plante, j’arrose pendant les deux premières années et après mes plantes devront se débrouiller seules.

Même si pour l’instant nous n’avons pas consommé plus qu’en remplissant une piscine hors sol, il y a un coût financier et surtout cela va à l’encontre de nos convictions.


Et puis pourrons-nous continuer à le faire ?


la lasagne sous le soleil à presque 45°C ça résiste... 
Il n’y a pas encore de restriction d’eau, mais nous ne sommes que mi-juillet. Alors l’idée de la mare, prévue, mais pas encore creusée, dans le point le plus bas du terrain qui nous servirait à collecter de l’eau l’hiver et dans laquelle nous pourrions prélever l’été, ou celle d’enterrer une cuve de 10 000 litres risque de repasser en tête des aménagements à réaliser.





A l’heure où j’écris ces lignes, elle arrive enfin.
Un gros orage déverse sur nous sa pluie battante. Je suis sortie remplir tout ce que j’avais en arrosoirs, en seaux et même une grosse poubelle vide… Histoire de récupérer quelques dizaines de litres de plus. Puis au bout d’une demi-heure tout s’arrête. Demain j’irai voir combien de millimètres il est tombé.













Peut-être un petit répit pour l’arrosage ?

mercredi 22 juillet 2015

Frelon asiatique le retour


J’en ai aperçu deux hier soir rôdant auprès des ruches et j’ai réussi à en tuer un. 
Ils sont de retour...
Depuis l’année dernière nous avons appris à les identifier au premier coup d’œil.
Il y a ce vol stationnaire devant les ruches et les abeilles qui paniquent.

Ils sont très sombres avec cette grosse tâche orange sur la face comme un nez de clown. Sauf que ce sont de sinistres bestioles. 
Plus petits et plus voraces que leurs collègues européens les « vespa velutina » ou frelons asiatiques sont des destructeurs de ruches. Pour
l’instant ils sont attirés par le miel que nous avons laissé lécher aux abeilles après la récolte et ne s’attaquent pas trop à celles-ci. 


Mais d’ici quelques semaines ils vont passer en phase protéinée et les tuer. Leur stratégie est simple : ils se postent en vol stationnaire devant l’entrée des ruches et attrapent une abeille, la coupe en deux avec leurs puissantes mandibules et repartent avec le thorax de leur victime vers leur nid. Lorsqu'ils ont tué un maximum d'abeilles, ils parviennent à entrer dans la ruche et la détruise. L’année dernière leur repaire, gros comme un ballon sauteur pour enfant, était situé chez nos voisins à plus de 15 mètres dans un noyer. Ils l’avaient fait détruire, mais de nouvelles reines ont dû construire d'autres nids… En dix ans les frelons asiatiques ont presque entièrement colonisé la France. Et pour l’instant les moyens de lutte ne sont pas encore au point.


Voici donc les photos de ma prise de guerre : le premier frelon asiatique tué de l’année.  

mardi 14 juillet 2015

L’art de faner en beauté

les jolies graines du coeur de Marie

J’adore les fleurs et m’extasie sans relâche devant leur floraison, mais sitôt celle-ci terminée, je me tourne vers la prochaine à venir. Je taille, je coupe ce qui a fini de fleurir : tout doit rester propre et beau à regarder.


knautia macédonia en bouton, en fleur et fané
Pourtant, n’y-il a-t-il pas des plantes qui sont belles une fois fanées, qui restent décoratives ?

Bien sûr on pense en premier lieu à la délicate nigelle de damas, dont les capsules ouvragées nous enchantent après la jolie floraison. Je n’en ai plus au jardin, car je suis un peu fâchée avec les annuelles, ou plutôt avec leur germination, ne restent que celles qui se ressèment toutes seules.

allium Christophii fané
Il y a également les hortensias au coloris évolutif en fonction de l’avancée de la floraison et qui nous permettent de réaliser de jolis bouquets secs. Ce n’est pas encore la saison, ils commencent juste à fleurir.

Il y a aussi les immortelles, les lunaires (appelées également monnaie du pape), les physalis (ou amour en cage, coqueret du perou) et les chardons dont les fleurs ou les graines séchées ont décoré les maisons, avant l’arrivée des fleurs artificielles.
benoite Léonard sur laquelle il ne subsiste plus
 qu'une dernière couronne de pétales
J’en ai eu une telle overdose dans mon enfance que j’ai du mal à les supporter. Seule exception, les lunaires pour leur très belle et précoce floraison violette.

Je vais vous parler des autres, des moins connues...

Ce n’est pas non plus une liste exhaustive que je vais vous dresser, c’est simplement le résultat d’une réflexion depuis ce printemps.

différents stades de défloraison de l'allium purple sensation
Tout est parti d’une remarque que j’ai faite à mon mari en regardant une photo qu’il avait prise : « mais elle est fanée ! » lui avais-je dit. Il m’avait répondu qu’il n’en savait rien, il la trouvait simplement jolie.
La fleur en question était une anémone pulsatile qui s’était transformée en petite houppette légère. 
Depuis je regarde les végétaux différemment. 
Il n’y a pas que la floraison qui peut être intéressante, le bouton et la fleur fanée également.

pavots somniferum
A ce jeu-là ce ne sont pas les rosiers les grands vainqueurs : plus les fleurs sont doubles, plus elles ont du mal à faner joliment. Il faut donc aller chercher du côté des fleurs simples, pour trouver des candidats intéressants. 

Au jardin des mille temps nous avons Rosa Rubrifolia (ou R glauca) dont les églantines rose vif fanent bien. Elles laissent place à de très jolis cynorhodons, tout ronds et pourpres. Comme le rosier est non remontant, on peut donc les laisser.


rosa rubrifolia et ses jolis cynorhodons
Voilà donc un rosier intéressant : la jolie couleur prune de son feuillage, son unique floraison de fleurs simples qui défleurissent sans qu’on ait à s’en occuper et dont les fruits prennent le relais jusqu’en hiver. Sur qu’il vous plait plus que si vous aviez simplement lu « rosier non remontant ».

Une autre plante étonnante est la clématite « Florida bicolor » dont le cœur subsiste bien après que les pétales soient tombés et donne l’impression d’une jolie pâquerette posée là haut sur le mur. 


le coeur de la clématite florida bicolor fanée à gauche
Précieux également les aulx, qui restent longtemps décoratifs avec deux espèces intéressantes : « purple sensation » qui passe du violet au stade de la floraison au vert lorsque les graines se forment. L’autre variété est "christophii" dont les énormes boules étoilées grossissent encore un peu et sèchent.


pavot orientalis
Il y a également les pavots orientalis dont les jolies capsules décoratives prolongent l’éphémère floraison. Les pavots somniférum produisent eux aussi des capsules pleines de graines que mes filles adorent secouer, elles se chargent de les disperser au gré de leurs jeux.

Enfin, mes jolies benoites « Léonard » ont défleuries gracieusement et le petit hérisson de graines est resté longtemps décoratif.


En conclusion, le stade après la floraison devrait être pris en compte lorsque l’on choisit une plante. 
C’est finalement une qualité supplémentaire, un peu comme pour les arbres dont on mentionne maintenant la couleur des feuilles en automne ou une écorce remarquable.

anémone pulsatille fanée et pourtant toujours aussi belle

mercredi 1 juillet 2015

Le jardin à l'épreuve de la sécheresse



Louis Sauvage (attention la photo est trompeuse c'est un grimpant) et la campanule poscharkayana



La Marne un polyantha Barbier de 1915 
Alors qu’il aurait dû être le mois de l’apothéose du jardin avec la floraison des roses, juin a été celui de la sécheresse. 


Pas plus de 5 mm d’eau en un mois et demi et encore en quatre fois, alors que les températures ont dépassé les 25° de moyenne avec des pointes à 35°!
Et ce n’est pas fini : cette semaine le thermomètre devrait s’affoler et frôler les 40°C. 
Les pluies sont passées géographiquement en dessous ou au-dessus de chez nous. 
Mes cuves sont vides depuis longtemps. 

Il n’y a pas d’arrosage automatique au Jardin des Mille Temps, à la fois par conviction mais aussi par manque de temps (nous en avions prévu un pour le potager mais nous ne l’avons pas encore installé).

Jean Mermoz (Hemeray-Aubert) polyantha de 1937
J’ai dû faire des choix. 

Pas d’arrosage de la pelouse, elle est maintenant complètement grillée et arrosage du strict nécessaire à l’arrosoir comme le potager, ou au tuyau d’arrosage pour les jeunes plantations (près de 200…) qui ont reçu la valeur d’un ½ arrosoir toutes les 3 semaines.

Les rosiers ont été arrosés une seule fois sauf ceux nouvellement plantés qui l’ont été un peu plus.
la Rosée, un polyantha créé par Turbat en 1920
J’ai arrosé les vivaces uniquement lorsqu’elles donnaient des signes évidents de manque d’eau. Dur dur…

Malgré cela les rosiers se sont très bien comportés, ils ont fleuri en masse, les fleurs se sont juste flétries plus vite.

Les sanguisorbes que je n’ai pas arrosées sont superbes et donnent une impression trompeuse de fraicheur. 

Molineux, un rosier anglais

L’épais paillis répandu dans les massifs a joué son rôle et a maintenu l’humidité au sol.


Des photos plutôt en gros plan pour la beauté des fleurs, et en guise de conclusion quelques photos d’ensemble pour que vous constatiez l’ampleur des dégâts.
Buff Beauty fleurissant devant Veilchenblau

Martin des Senteurs, un moderne parfumé et très florifère

Melle Marcelle Gaugin un polyantha qui n'en n'a pas l'air



Première floraison pour les sanguisorbes, je les ai plantées l'année dernière, les pieds ont doublé de volume créant une belle masse dans le massif.




Première floraison également pour les véronicastrum que j'ai découvert lors d'un voyage aux Pays-Bas l'année dernière.

Même s'il ne sont pas encore très touffus, l'effet produit par leurs longs épis fleuris me plait beaucoup.

Bon allez, je vous montre la cour avec sa pelouse grillée :


mi-juin la pelouse donne déjà des signes de fatigue,
au fond chez nos voisins, le grand bouleau est en train de mourir
photos prise hier soir sous 30°C, les massifs résistent...

le même point de vue en plan plus large, la pelouse sur la gauche est couleur paille
Dans la cour, la faible épaisseur de terre sur le remblai n'a pas permis à l'herbe de survivre.
De vert il ne reste que les mauvaises herbes les plus résistantes : liseron et potentille rampante !

Enfin, les températures très élevées ne sont pas pour déplaire à tout le monde....


Lili se prélassant sous le rosier "Diamant"